Entretien d’évaluation annuel – Guide Pratique
Cadre juridique, bonnes pratiques et organisation optimale
Chaque année, la période des entretiens annuels d’évaluation représente un moment charnière dans la vie des entreprises. Ce rendez-vous, bien qu’il ne soit pas imposé par le Code du travail, constitue un outil de management incontournable pour dresser le bilan de l’année écoulée et projeter l’avenir professionnel des collaborateurs.
Le but de cet article :
- Clarifier le cadre juridique,
- Observer la situation actuelle,
- Vous donner des bonnes pratiques pour transformer cet exercice en véritable levier de performance et d’engagement.
Cadre juridique : ce que dit la loi
L’entretien annuel d’évaluation n’est pas une obligation légale. Le Code du travail ne prévoit aucune disposition contraignant l’employeur à évaluer ses salariés (Source : Service-public.gouv.fr, 2025). Cependant, l’employeur dispose du droit de le mettre en place dans le cadre de son pouvoir de direction.
Il existe toutefois des exceptions rendant l’entretien obligatoire : les dispositions prévues par une convention collective ou un accord de branche, et les salariés ayant conclu une convention de forfait jours sur l’année (Source : Éditions Tissot, 2022).
Les obligations de l’employeur:
Dès lors qu’un dispositif d’évaluation est mis en place, l’employeur doit informer préalablement les salariés des méthodes et techniques d’évaluation utilisées (article L. 1222-3 du Code du travail). Dans les entreprises de 50 salariés et plus, le CSE doit être informé et consulté avant la mise en œuvre des entretiens (Source : Service-public.gouv.fr, 2025). Les critères d’évaluation doivent être objectifs, transparents et pertinents. Les résultats sont confidentiels.
Distinction avec l’entretien professionnel:
L’entretien professionnel, obligatoire depuis 2014, doit être organisé tous les deux ans et porte sur les perspectives d’évolution professionnelle et les formations. L’entretien annuel évalue les performances passées et fixe des objectifs. Les deux peuvent être menés successivement mais doivent faire l’objet d’une traçabilité distincte (Source : Ministère du Travail, 2025).
Les objectifs de l’entretien annuel d’évaluation
L’entretien annuel d’évaluation poursuit plusieurs objectifs complémentaires qui profitent à la fois à l’entreprise et au collaborateur. Pour l’employeur, c’est l’occasion de mesurer la performance individuelle et collective, d’identifier les points forts et les axes d’amélioration de chaque membre de l’équipe, et d’aligner les objectifs individuels sur la stratégie globale de l’entreprise.
Pour le salarié, ce moment privilégié permet de mettre en avant son travail et ses réalisations, d’exprimer ses difficultés et ses besoins, d’évoquer ses perspectives d’évolution et, parfois, de négocier une augmentation ou une promotion. D’après une étude BVA menée en mars 2019, la majorité des salariés interrogés souhaitent avant tout obtenir un retour sur leur travail (60%) lors de l’entretien. Ils souhaitent également discuter d’une éventuelle évolution de carrière (53%) et de leurs aspirations en matière de développement de compétences et de formations (51%). En revanche, les attentes sont moins marquées concernant la clarification des attentes de l’employeur (37%), la définition d’objectifs (37%) et les questions financières (36%).
Pour les équipes RH, les résultats des entretiens fournissent des informations précieuses permettant d’évaluer la performance au niveau global, de repérer les hauts potentiels ou les situations à risque, et de construire une politique RH efficace de développement et de fidélisation des collaborateurs (Source : Tellent, 2025).
Une perception contrastée selon les acteurs
Les études récentes révèlent une perception très contrastée de l’entretien annuel selon les catégories de salariés. Une enquête menée en 2023 par Elevo auprès de 1 500 salariés montre que 55 % des non-managers considèrent l’exercice comme « peu utile » ou « inutile », contre seulement 27 % des managers. Cet écart significatif s’explique par le fait que les managers comprennent mieux les bénéfices de l’entretien mais ne les communiquent pas suffisamment à leurs équipes.
Plus préoccupant encore, selon une étude Deloitte, 70 % des salariés estiment que l’entretien annuel d’évaluation est inutile et le considèrent comme une véritable perte de temps (Source : Lucca, 2025). Par ailleurs, 48 % des salariés considèrent l’entretien annuel de performance comme le pire moment de l’année (Source : Zest, 2023). Ces chiffres alarmants témoignent d’un profond décalage entre les intentions des entreprises et le vécu des collaborateurs.
Du côté des managers, le constat n’est guère plus encourageant. Une étude Lucca de 2019 révèle que plus de 20 % des salariés de PME découvrent la grille d’évaluation le jour même de l’entretien, ce qui ne leur laisse pas le temps de se préparer correctement (Source : Lucca, 2025). De plus, 55 % des DRH indiquent ne jamais recevoir l’intégralité des grilles d’entretien remplies, et 25 % des collaborateurs ne comprennent pas la procédure des entretiens de leur entreprise (Source : Lucca, 2023).
Une bonne préparation pour une campagne réussie
La clé d’un entretien annuel réussi réside dans sa préparation, tant du côté du manager que du collaborateur. Le manager doit relire attentivement les résultats des entretiens précédents, consulter les rapports d’activité, l’historique des indicateurs de performance et tout document pertinent concernant le collaborateur (Source : Elevo, 2023). Cette préparation permet de faire une synthèse de l’année écoulée et d’identifier les points clés à aborder.
Marie-Laure Voisard, co-fondatrice d’Amvoilure, cabinet de coaching et de conseil en management, recommande de limiter à trois les axes d’amélioration pour éviter de noyer le collaborateur (Source : Coin du Salarié, 2023). Elle insiste également sur l’importance de relier chaque point à des faits concrets et observables, permettant ainsi un dialogue objectif et constructif.
Le collaborateur doit être informé de la date de son entretien suffisamment à l’avance, et recevoir sa grille d’évaluation suffisamment tôt pour pouvoir préparer son auto-évaluation. Cette pratique favorise un échange équilibré où les deux parties arrivent préparées.
Deux points fondamentaux :
1) Les entretiens doivent se faire dans l’ordre hiérarchique
Une bonne pratique consiste à organiser les entretiens selon la cascade hiérarchique : le dirigeant conduit d’abord les entretiens avec ses N-1, puis ceux-ci avec leurs N-2, et ainsi de suite jusqu’aux équipes opérationnelles.
Cette approche présente plusieurs avantages : le manager connaît ses propres objectifs avant de les décliner auprès de son équipe, ce qui garantit un alignement stratégique cohérent du sommet à la base ; il peut répondre aux questions sur les orientations de l’entreprise avec une information fraîche ; et il aborde l’exercice avec une légitimité renforcée, ayant lui-même vécu l’entretien récemment.
L’inconvénient principal est l’allongement de la durée de la campagne : chaque niveau doit attendre que le précédent soit terminé, ce qui peut créer de l’impatience chez les collaborateurs et un effet domino en cas de retard à un niveau.
Pour contourner ces limites, il convient de planifier des fenêtres de temps strictes par niveau hiérarchique (une à deux semaines maximum par strate), de lancer la campagne suffisamment tôt pour absorber les éventuels décalages, et de communiquer clairement le calendrier à l’ensemble des collaborateurs afin que chacun sache quand viendra son tour.
2) La remontée d’information : le flux inverse indispensable
Si la cascade hiérarchique assure la descente des objectifs stratégiques, elle doit impérativement s’accompagner d’un flux inverse : la remontée d’information. Les entretiens annuels constituent une mine d’or d’informations terrain — besoins en formation, difficultés opérationnelles, problèmes du quotidien, suggestions d’amélioration, signaux faibles de désengagement, aspirations de mobilité — qui n’ont de valeur que si elles parviennent aux décideurs.
Sans mécanisme structuré, cette richesse reste cloisonnée : chaque manager conserve les informations de son périmètre sans vision transversale, les problèmes récurrents ne sont pas identifiés, et les collaborateurs ont le sentiment de parler dans le vide.
Pour organiser efficacement cette remontée, plusieurs pratiques sont recommandées :
- imposer une synthèse standardisée que chaque manager transmet à son N+1 et aux RH à l’issue de ses entretiens (besoins de formation agrégés, alertes RH, demandes de mobilité)
- prévoir un temps de débriefing entre chaque strate hiérarchique pour faire remonter les points saillants avant de lancer le niveau suivant
- confier aux RH un rôle de consolidation transversale pour identifier les tendances, les problématiques communes à plusieurs équipes et les actions prioritaires à engager
- et enfin, communiquer en retour aux collaborateurs sur ce qui a été entendu et les décisions prises, pour boucler la boucle et donner du sens à l’exercice.
L’enjeu est double : alimenter la prise de décision stratégique avec la réalité du terrain, et démontrer aux collaborateurs que leur parole a été entendue, une condition pour maintenir leur engagement et démontrer la viabilité du processus.
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Bonnes pratiques pour le manager
Préparer minutieusement chaque entretien :
Relisez attentivement les résultats des entretiens précédents, les rapports d’activité et l’historique des indicateurs de performance. Cette préparation montre au collaborateur qu’il compte et que vous prenez l’exercice au sérieux (Source : Elevo, 2023).
Limitez à 3 les axes d’amélioration pour éviter de noyer le collaborateur. Pour chaque point, reliez-le à des faits concrets et observables. Réfléchissez à comment les forces du collaborateur peuvent l’aider dans ses axes d’amélioration (Source : Coin du Salarié, 2023).
Créer un environnement propice :
Choisissez un lieu neutre et calme, loin des regards indiscrets. Évitez le bureau du manager, souvent perçu comme un territoire imposant. Une salle de réunion avec une table ronde favorise un dialogue plus ouvert. Coupez les téléphones et éliminez les distractions.
Prévoyez une durée suffisante : Une heure d’entretien est une bonne formule. Si vous estimez que l’entretien doit se poursuivre, prenez le temps nécessaire. Si vous êtes libre, vous pouvez continuer. Sinon, vous pouvez le reporter à un autre moment dans les jours à venir.
Essayez de tenir au minimum 30min. D’expérience, ce n’est qu’à partir de cette durée que les langues se délient.
Adopter la bonne posture :
Laissez la parole au collaborateur en premier. Commencez par lui demander de présenter sa propre auto-évaluation. L’entretien ne doit pas être à sens unique : équilibrez les temps de parole. Posez des questions ouvertes qui invitent à la réflexion plutôt que des questions fermées qui ferment le dialogue.
Pratiquez l’écoute active. Évitez les a priori et préjugés. Mettez-vous dans un état d’esprit positif et focalisez-vous sur l’objectif : faire progresser le collaborateur. Si vous êtes en désaccord, faites preuve de pédagogie en replaçant les choses dans leur contexte avec des éléments factuels.
Formuler un feedback constructif :
Un bon feedback est basé sur des faits, pas sur des ressentis. Utilisez la méthode OSCAR : Observer, Situation, Comportement, Actions, Résultats. Valorisez les réussites avant d’aborder les axes d’amélioration.
L’objectif n’est pas de juger mais de faire progresser.
Fixer des objectifs SMART :
Les objectifs doivent être Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes et Temporellement définis. Fixez 3 à 5 objectifs maximum avec des jalons, des indicateurs et des moyens alloués. Discutez ensemble des ressources nécessaires à leur réalisation.
N’oubliez pas les objectifs comportementaux et de développement de compétences, pas seulement les objectifs quantitatifs. Prenez en compte les aspirations du collaborateur pour renforcer son engagement.
Écouter les aspirations professionnelles :
L’entretien ne doit pas être une simple rétro-analyse. Il doit aussi ouvrir des perspectives. Posez des questions sur le projet professionnel du salarié, ses ambitions, l’évolution qu’il envisage. Même si vous ne pouvez pas toujours répondre favorablement, écouter et considérer ces ambitions maintient l’engagement.
Responsabiliser le collaborateur :
Évitez de vous charger de tout solutionner. Quand un collaborateur expose une difficulté, demandez-lui : « Et toi, qu’est-ce que tu ferais ? ». C’est une belle façon de l’impliquer et de le responsabiliser. Il peut ne pas avoir la réponse immédiatement, mais cette réflexion est précieuse.
Les erreurs à éviter absolument
Le manque de préparation :
Un manager non préparé risque de monopoliser le débat pour masquer ce manque, ou de rester superficiel. Cette négligence envoie un signal négatif : le travail du collaborateur n’est pas pris au sérieux (Source : Coin du Salarié, 2023).
L’absence de critères objectifs :
Évaluer sans critères objectifs préalablement définis expose l’entreprise à des risques juridiques. 51 % des travailleurs considèrent que leurs évaluations sont biaisées ou inexactes (Source : Folks RH, 2025). L’évaluation doit s’appuyer sur des faits documentés, pas sur des impressions.
Les mauvaises surprises :
L’entretien ne doit jamais être l’occasion de découvrir des problèmes non abordés durant l’année. Les feedbacks critiques doivent être communiqués au fil de l’eau. Un collaborateur qui découvre des reproches dont il n’avait jamais entendu parler vivra cela comme une injustice (Source : Folks RH, 2025).
La gestion du temps :
Ne pas maîtriser le temps est une erreur fréquente. Un entretien trop long fatigue les deux parties ; un entretien trop court frustre le collaborateur. Fixez un cadre dès le début : annoncez la durée et le déroulé pour que chacun sache à quel moment intervenir (Source : HelloWorkplace, 2024).
Négliger le suivi :
Une évaluation sans suite concrète perd toute sa valeur. Les engagements pris doivent être tenus : formations promises, moyens alloués, évolutions envisagées. Le suivi doit être matérialisé par des bilans intermédiaires réguliers (Source : Lucca, 2025).
Les biais cognitifs :
Les managers, comme tout être humain, sont sujets à de nombreux biais cognitifs qui faussent leur évaluation de manière inconsciente. Parmi les plus fréquents : le biais de récence (surpondérer les événements récents), l’effet de halo (laisser un trait positif ou négatif influencer l’évaluation globale), le biais de favoritisme (préférer ceux qui nous ressemblent), le biais de confirmation (ne retenir que ce qui confirme nos a priori), l’effet de contraste (évaluer par comparaison avec le collaborateur précédent), ou encore les biais liés aux stéréotypes d’âge, de genre ou d’origine. Pour s’en prémunir : s’appuyer sur des faits documentés tout au long de l’année, utiliser une grille avec des critères objectifs, et garder à l’esprit que personne n’est exempt de ces biais. Les reconnaître est la première étape pour les combattre.
Reporter ou annuler les entretiens :
Sauf urgence absolue, évitez de reporter l’entretien. Cela peut affecter la motivation et le moral du salarié, et donner l’impression que l’exercice n’est pas prioritaire pour l’entreprise (Source : WOM Recrutement, 2024).
Vers des formats innovants
Les entretiens trimestriels ou semestriels :
Certaines entreprises adoptent une approche plus flexible avec des entretiens trimestriels ou semestriels. Cela permet une révision régulière des objectifs et une adaptation plus rapide aux évolutions du contexte.
Les points RH mensuels :
Happy Kits a remplacé l’entretien annuel par des « points RH » mensuels. Ces rendez-vous commencent toujours par la question « Comment vas-tu ? » et permettent d’ouvrir la parole sans rester sur des non-dits. Parfois l’échange dure 5 minutes, parfois une heure (Source : Welcome to the Jungle, 2024).
L’évaluation à 360° :
Compléter l’entretien par une évaluation à 360° permet de croiser les regards : auto-évaluation, évaluation par le manager ou par les pairs. Cette multiplicité des sources réduit les biais et donne une vision plus complète (Source : PayFit, 2025).
Mon préféré :
Le modèle hybride constitué du feedback continu, d’un point mensuel (bimensuel ou trimestriel selon les envies et besoins) et enfin l’entretien annuel qui formalise l’année écoulée.
Conclusion : Transformer l’exercice en levier stratégique
L’entretien annuel d’évaluation, souvent décrié, peut devenir un véritable levier de performance et d’engagement à condition d’être repensé dans sa globalité. Au niveau de l’entreprise, cela implique une stratégie claire, une planification rigoureuse, une communication transparente, des outils harmonisés, des managers formés et un suivi post-entretien efficace.
Une campagne d’entretiens bien menée génère des bénéfices considérables pour l’entreprise : meilleure connaissance des collaborateurs, clarification des missions et responsabilités, recueil d’informations terrain, développement de la culture du feedback, identification des besoins de formation, détection des potentiels et des situations à risque
Au niveau du manager, cela nécessite une préparation minutieuse, une posture d’écoute, un feedback constructif et un engagement à tenir les promesses faites. Le secret réside dans la transformation d’un rituel administratif redouté en un véritable moment de dialogue, de reconnaissance et de projection vers l’avenir.
Dans un contexte de guerre des talents, les entreprises qui sauront transformer leur approche de l’évaluation disposeront d’un avantage compétitif décisif pour attirer, développer et fidéliser leurs meilleurs éléments.
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